Les Nanas de Niki

LA TRIBUNE  5 OCTOBRE 2007
 
 

Les sculptures de l'artiste franco-américaine Niki de Saint Phalle sont très recherchées. Les plus connues sont celles qui représentent des femmes colorées aux rondeurs épanouies. Les prix s'envolent.

De son vrai nom Catherine Marie-Ange Fal de Saint Phalle, surnommée Niki, l'artiste française a grandi aux Etats-Unis et y est décédée il y a cinq ans. Sur les deux rives de l'Atlantique, les collectionneurs apprécient ses travaux réalisés en commun avec son époux, Jean Tinguely, et ses "tirs", premières oeuvres réalisées à coups de carabine sur des reliefs de plâtre renfermant de la peinture.

Mais ce sont ses sculptures qui retiennent le plus l'attention du grand public, en particulier ses représentations féminines, baptisées "Nanas".

Les premières apparaissent discrètement en 1965, faites de laine et de tissus pastel sur un support métallique. Devant le succès de ces oeuvres curieuses, soutenue par les mouvements féministes qui en ont fait leur symbole, Niki de Saint Phalle en multiplie les exemplaires grâce à une technique qu'elle affectionne, le polyester.

Dans la mouvance du Pop'art qu'elle soutient avec son ami Warhol, ses "Nanas" se colorent de teintes vives, les rondeurs s'accentuent, les formats se développent et les modèles deviennent plus sophistiqués. Et surtout, de nombreux exemplaires font l'objet d'éditions très importantes, plusieurs galeries ayant son "bon à tirer".


Les plus belles et plus grandes sculptures de Niki de Saint Phalle sont désormais dans les musées (notamment à Nice où elle a fait don de quelques grandes "Nanas" tout juste restaurées) car l'artiste, représentante du mouvement des "Nouveaux réalistes français", est aujourd'hui célébrée dans de nombreuses expositions. C'est aux Etats-Unis que se trouvent ses principaux collectionneurs (20% des "Nanas" y sont achetées) qui n'hésitent pas à surenchérir. Les modèles de "Nanas" uniques sont de plus en plus rares, mais pas forcément plus onéreux, car durant les années 1960-70, l'artiste a beaucoup produit. Ce n'est qu'après 1980 qu'une très grande partie de sa production a été l'objet d'éditions multiples, parfois d'un tirage supérieur à plusieurs centaines d'unités.

Après une période spéculative dans les années 1990, puis un petit retournement en 1996, la cote des "Nanas" de Niki de Saint Phalle ne cesse de croître régulièrement. Si l'on trouve assez peu d'exemplaires uniques en ventes publiques, les multiples y sont fréquents. Curieusement, les modèles uniques en plâtre peint sont souvent à peine plus chers que les multiples de petite taille, très nombreux: entre 10 et 20.000 euros. Les "Nanas" de grande taille, surtout accompagnées d'une autre figure (serpent, bonhomme, ballon) peuvent dépasser les 450.000 euros, la plupart avoisinant les 250.000 euros.

Enfin, au début des années 1970, dans un souci de "démocratisation", Niki de Saint Phalle a réalisé des "Nanas" en plastique, souvent gonflables: peu recherchées, elles dépassent rarement les 1.000 euros.

 
Jérome Stern